La réincarnation dans les religions et le chamanisme

Que se passe-t-il après la mort ? Cette question universelle ne cesse d’intriguer l’humanité depuis des millénaires. L’idée que la vie s’arrête avec la mort est très répandue en Europe laïque et chrétienne. Pourtant, cette croyance est relativement récente et minoritaire.

S’il n’existe aucune preuve scientifique de l’existence ou de la non-existence d’un au-delà, les religions et les spiritualités du monde décrivent toutes sortes d’univers après la mort. La réincarnation est décrite dans de nombreuses civilisations à toutes les époques : l’Egypte et la Grèce antiques en font état, mais aussi l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme, le sikhisme, ou encore le judaïsme.

De nombreux témoignages d’expériences de mort imminente, rapportés par des patients dans les hôpitaux, viennent bousculer les certitudes des plus cartésiens. Que faire des dires de ceux qui affirment avoir vu l’au-delà ? Et que faire des similarités étonnantes que présentent des milliers de témoignages ?  

La perception occidentale de la mort et de la réincarnation est fortement influencée par les trois monothéismes, mais aussi par l’héritage de la Grèce antique et par les courants ésotériques du 19ème siècle. Ces courants se sont focalisés sur la réincarnation humaine, et parlent peu ou pas du tout de la réincarnation sous d’autres formes de vie. Pourtant en Asie, et en particulier en Inde, la réincarnation est une croyance majoritaire et elle inclue d’autres formes que la forme humaine.

La notion la plus connue à ce sujet est sûrement celle de Karma, concept venu d’Inde, en particulier de d’l’hindouisme.

La réincarnation au travers des cultures et des religions 

La réincarnation en Inde

Les grandes religions d’Inde partagent un certain nombre de croyances sur la vie et la mort. Hindouisme, bouddhisme, jaïnisme, sikhisme… et bien d’autres courants spirituels s’accordent sur la réincarnation. L’un des chocs culturels les plus connus pour les occidentaux qui visitent l’Inde, est lié au rapport à la mort. En Inde, la mort est une étape du cycle de la vie et non une fin absolue.  

 La notion de karma, maintenant bien connue de l’Occident, s’est développée dans les spiritualités de l’Inde depuis des temps immémoriaux. Cette notion est également présente dans d’autres cultures, sous d’autres appellations.

Pour la plupart des religions et cultes anciens de l’Inde, le but suprême de l’être humain et de mettre fin au cycle des réincarnations. Ce cycle est nommé samsȃra, que l’on peut traduire par « errance ».  Les humains sont enchaînés au samsâra. Lorsque la libération du samsâra se produit, il est dit que nous fusionnons avec la source, encore appelée Dieu, univers ou cosmos…C’est également le but ultime de la philosophie Samkhya, l’une des plus anciennes de l’Inde.

Karma et réincarnation

Qu’est-ce que le karma ? Dans sa définition la plus simple, c’est la somme de nos actions, qui détermine le cycle de nos réincarnations. Littéralement, karma se traduit par « action » mais aussi par « résultat de nos actions ». Selon cette croyance, la somme de nos actions passées détermine notre présent. De la même manière, la somme de nos actions présentes détermine nos vies futures.

Cette croyance implique que nous devons faire de bonnes actions pour atteindre un niveau de conscience supérieure. Toutes les actions ne créent pas forcément de karma. Les actions ordinaires n’ont pas d’influence sur le karma. Néanmoins, certaines actions importantes, comme l’aide apportée à autrui ou au contraire le mal fait à autrui, génèrent du karma.

Pour qu’un karma soit généré, ces actions doivent être réalisées intentionnellement. C’est-à-dire qu’un meurtre commis intentionnellement génère du karma, alors qu’une mort provoquée accidentellement ne générera pas de karma. Notre dharma, ou chemin dans cette vie, influence notre karma.

Hindouisme

L’hindouisme est la troisième religion dans le monde en terme de nombre de fidèles. Pour les hindous, le cycle des réincarnations s’effectue entre plusieurs formes de vies. Un être humain a pu vivre sous la forme d’une roche, d’une plante ou d’un animal avant de s’incarner sous forme humaine. Pour l’hindouisme, il y aurait une progression entre ces différents niveaux de conscience. Il faudrait plus de cinquante millions d’incarnations avant de passer d’une forme de vie animale ou végétale à une forme humaine.

Nous possédons donc en nous la mémoire de ces incarnations. Cette croyance pré-date les védas et le shivaïsme, et remonterait à la préhistoire. Elle serait entrée dans l’hindouisme par le biais du Jaïnisme, et aurait été transmise par la suite au bouddhisme.

Samkhya

Pour le Samkhya, spiritualité ancienne de l’Inde, sous-tendant la philosophie du yoga puis du Bouddhisme, la libération du cycle des réincarnations se manifeste comme une fusion ou une dissolution dans le ‘tout’ cosmique. C’est une libération, nommée moksha en sanskrit. Il existe plusieurs étapes avant de l’atteindre, nommées samadhis.

Le samadhi est un état d’illumination. Il faut passer par plusieurs samadhis avant d’atteindre le moksha. Buddha était de religion Samkhya avant de donner naissance à ce qu’on appelle le bouddhisme. En atteignant le samadhi, ou illumination, il a pu transmettre ses connaissances à d’autres.

Bouddhisme tibétain et réincarnation

Les différents bouddhismes (Theravâda, Mahâyâna et Vajrayâna) partagent ces croyances, bien qu’il existe des nuances entre les différents courants.

La vision particulière du bouddhisme tibétain a été connue de l’Occident au travers de la traduction de textes, ainsi que d’œuvres cinématographiques. Des films comme « Little Buddha »[1] ont porté à la connaissance du public européen des pratiques qui ont semblé très exotiques à l’époque de sa sortie.

Le film décrit le procédé par lequel on identifie le prochain Dalaï Lama. Des personnes désignées vont aller à la recherche d’un enfant qui saura reconnaitre des personnes et un certain nombre d’objets ayant appartenu au précédent Lama. On dit que l’âme se souvient de ces objets, et que l’enfant sera spontanément attiré vers eux.

La publication de traductions du « Bardo Thödol », plus connu sous le nom de « livre tibétain des morts » décrit les trois étapes, ou bardo, qui succèdent à la mort selon le bouddhisme tibétain. Bardo se traduit par « état de conscience ».

Il existe trois bardos lors de notre vivant, celui de la conscience ordinaire, celui du rêve et enfin celui de la méditation. La maîtrise des bardos lors de notre vie conditionne les bardos dont nous ferons l’expérience après la mort. Il y a également trois bardos après la mort. Les bardos qui succèdent la mort physique exposent d’abord le défunt à une lumière sacrée, puis le mort fait le point sur sa vie. A ce moment-là, il est dit que son âme peut se déplacer et qu’elle est à nouveau dotée des cinq sens. L’âme est ensuite guidée vers sa prochaine incarnation.

La préparation à la mort dans la tradition tibétaine

Pour le bouddhisme tibétain, une vie bien vécue doit être passée à se préparer à bien mourir. Non seulement nos actes peuvent être générateurs de karma, mais nos pensées et nos émotions le sont également. Nos dernières pensées et émotions, juste avant de mourir, sont particulièrement importantes pour déterminer notre vie suivante. C’est pourquoi le bouddhisme, et en particulier le bouddhisme tibétain, enseignent à « apprendre à bien mourir ». Les mourants doivent être veillés et accompagnés, pour les aider à passer ce cap, le plus important de notre vie, selon les tibétains.

La pratique de la méditation permet d’apprendre à maîtriser ses pensées, et cette maîtrise nous permet d’arriver préparés le jour de notre mort.

Réincarnation et résurrection dans les trois monothéismes

Les trois religions monothéistes semblent avoir des points de vue différents sur la réincarnation. Ils se basent pourtant sur une souche commune, et croient en un Dieu unique qui donne la vie et qui met fin à la vie. L’idée de jugement à la fin de la vie réunit aussi les trois religions.

A priori, le christianisme et l’islam rejettent l’idée de réincarnation, alors que le judaïsme l’accepte. Il existe également des différences conséquentes entre les doctrines exotériques (doctrines divulguées aux masses) et ésotériques (mystique réservée à un petit nombre). Si les doctrines exotériques refusent parfois l’idée de la réincarnation ou n’en parlent que peu, la mystique judéo-chrétienne, au contraire, l’accepte.

L’islam est la religion la plus ouvertement opposée à cette croyance, suivie de l’Eglise catholique. Pourtant les trois monothéismes partagent des textes qui font référence à la réincarnation. La mystique juive possède les descriptions les plus poussées de ce phénomène.

La réincarnation dans le Judaïsme

Dans la mystique juive, la notion de Guilgoul[2], ou métempsychose, encore appelée « transmigration des âmes » est très présente. C’est un thème central de celle-ci, bien que les textes canoniques du judaïsme n’y fassent que peu référence. L’une des sources de ces croyances se trouve dans les commentaires attribués au rabbin Isaac de Louria[3], qui commente un texte phare de la Kabbale, le Zohar. Selon les croyances décrites dans ces textes, l’âme revient dans différents corps et lieux en fonction de la mission de vie qui lui est attribuée. Il est dit que les âmes blessées, ou qui ont accompli de mauvaises actions, sont condamnées à errer dans un entre-monde. Ces âmes sont appelées dibbouk, et sont l’équivalent des fantômes de la culture populaire.

Selon la mystique juive, nos actions dans cette vie influencent nos descendants jusqu’à mille générations. Ainsi, nos actions déterminent d’autres vies, non seulement nos propres incarnations mais également celles de nos descendants. Cela est légèrement différent de la notion de karma, qui n’a pas d’influence directe sur notre descendance.

Le judaïsme décrit aussi la venue d’un messie, époque à laquelle les morts ressusciteront. S’il ne s’agit pas là de réincarnation, mais de résurrection, la foi en une nouvelle vie après la mort est néanmoins un pilier de la foi juive, accepté hors de la mystique.

La plupart de ces notions entrent dans la mystique chrétienne, qui comme le judaïsme, présente un visage différent dans les textes mystiques par rapport à sa doctrine populaire.

Christianisme et réincarnation

Selon le dogme catholique, l’âme n’aurait qu’une seule vie. La réincarnation n’est donc pas officiellement reconnue par l’Eglise.

Pourtant, selon certaines théories, Jésus aurait été en Inde. Que cela soit vrai ou non, les textes chrétiens parlent bien de la résurrection du christ, trois jours après sa crucifixion. Cet évènement est encore célébré à Pâques chaque année par des millions de chrétiens dans le monde. Cette croyance est centrale au christianisme, qui accepte donc le retour d’une âme après la mort, dans le même corps cette fois-ci.

Dans les textes chrétiens, Jésus n’est pas le seul qui a la capacité de résurrection, mais ce miracle est très particulier, et ne touche pas le commun des mortels. La vie après la mort serait donc réservée à certains êtres.

Réincarnation dan l’Islam

L’islam croit au jugement dernier, et à la résurrection des morts telle que décrite plus haut pour le judaïsme et le christianisme. Bien que les courants orthodoxes condamnent fortement la foi en la réincarnation, il existe des sources dans l’islam qui y font référence. Ces sources sont reconnues par certains courants chiites et par les soufis. Il s’agit des sources communes aux trois monothéismes, mais aussi d’interprétations de textes uniques à l’islam. Néanmoins, les courants sunnites rejettent très fortement cette idée.

La réincarnation chez les Grecs et les Egyptiens

Après vie et réincarnation dans la Mythologie grecque

Si les trois monothéismes fondent le socle des croyances occidentales, la mythologie grecque a également une influence de taille sur notre culture.

Dans la mythologie grecque, la réincarnation existe. Toutes les âmes se rendent dans un royaume souterrain après la mort, nommé les Enfers. Elles sont ensuite dirigées soit au Tartare (l’équivalent de l’enfer chrétien) si elles sont châtiées, soit au Champs-Elysées (paradis) soit dans un lieu neutre, l’Erèbe.

Pour entrer aux Enfers, il fallait passer le fleuve du Styx, et passer la porte gardée par le cerbère à trois têtes. Pour monter dans la barque qui traverse le Styx, il fallait payer le passeur d’une pièce d’or, nommée l’obole, que l’on glissait dans la bouche des morts. Ceux qui entraient dans le royaume des morts sans obole étaient condamnés à errer. Ce sont les âmes errantes, telles que décrites par le judaïsme, le christianisme, et d’autres religions.

Les grecs croyaient à la métempsychose (transmigration des âmes) et celle-ci pouvait s’opérer sous forme humaine, végétale ou animale. L’orphisme et les courants pythagoriciens décrivent le procédé de réincarnation en détail.

L’après-vie dans l’Egypte ancienne

L’Egypte ancienne est bien connue pour son rapport à la mort, grâce aux trouvailles faites dans les pyramides. Au sein de cette culture, la croyance en un « royaume des morts » était majoritaire.

Les égyptiens croyaient que l’âme est immortelle. C’est pourquoi on plaçait des offrandes, des bijoux et des objets personnels aux côtés des corps embaumés. On y a même retrouvé des nourritures et des boissons. Selon les croyances de cette culture, l’âme était jugée lors de son arrivée dans l’au-delà, par le juge des morts, Osiris. Mais avant d’atteindre le lieu du jugement, l’âme devait d’abord passer par sept portes, et affronter de nombreux dangers.

Pour juger l’âme, le cœur du défunt était pesé. Sur la balance, une plume. Si le cœur faisait le même poids que la plume de la justice et de la vérité, l’âme se voyait octroyée l’immortalité. Dans le cas contraire, le défunt était jugé coupable de mauvaises actions et son cœur était dévoré par la déesse Amemet.

La réincarnation dans le chamanisme

Les chamanismes des Indiens d’Amérique du Nord, d’Amérique Latine et de Sibérie diffèrent, mais tous s’accordent sur l’existence de la réincarnation.

De manière générale, la croyance veut qu’une âme se réincarne dans sa propre tribu. Lorsqu’une femme enceinte est sur le point d’accoucher, elle entre en contact avec le monde des esprits. Là, le nom de l’enfant lui est donné. Si la femme enceinte n’est pas en capacité de rentrer en contact avec le monde des esprits, une chamane le fera pour elle. Ce contact se fait principalement par le chant et l’entrée en transe.

Néanmoins, la réincarnation n’est pas automatique et ne concerne pas forcément toutes les âmes. Les chamans et les chefs de tribu peuvent se réincarner. On dit qu’ils ont la capacité de voyager dans le monde des esprits pour choisir l’enfant dans lequel ils se réincarneront. La tribu surveille de près les naissances après la perte d’un chef, ou suite à une mort prématurée ou accidentelle.

Nous allons traiter dans le prochain article de la réin


[1] Bernardo Bertolucci, 1993

[2] Ou “guilgoul haneshamot” qui se traduit par “cycle des âmes »

[3] Le texte de référence est le “Shaar haguilgoulim » ou « Porte du cycle des âmes »